ISSN 2359-4101

Brazilian Literature in Translation / Literatura Brasileña en Traducción

Issue / Numero

year/año: 2012
issue/numero: # 06



Formes et couleurs de l’Afrique


Author | Autor: Mércia Maria Leitão et Neide Duarte


Translated by Andréia Manfrin Alves | Ilustré par Simone Matias



Les secrets du coffre


Le coffre est arrivé à la Maison avec mon papi.

Je les ai trouvés très semblables du côté de la taille, de la couleur et des

mystères...

Ma tête de gamin curieux imaginait ce qu’il y avait à l’intérieur. Mais la

seule chose que papi est sorti du coffre fut un petit et vieux tabouret.

“Tu savais que ce tabouret a appartenu à nos ancêtres ?”

Doué de patiente et de sagesse, papi m’a expliqué qu’en Afrique, autrefois,

le tabouret était le meuble le plus important de la maison. En plus de son usage

quotidien, c’était aussi le symbole de la royauté et de la puissance. Il gardait une

tradition liée au respect des rois, des grands chefs et des anciens hommes. Il était

aussi utilisé par les griots, des conteurs d’histoires et savoirs populaires qui parlaient

aux gens.

J’ai beaucoup aimé connaître l’histoire du tabouret africain. Mais quels autres

secrets gardait le coffre ?

Pendant longtemps je le regardais et essayais d’en découvrir, mais je ne savais

pas comment poser la question à papi.

Un jour, il était assis sur son tabouret et regardait par la fenêtre du salon, pensif,

quand soudain j’ai eu une idée.

J’ai fait son portrait : chauve, des yeux petits, un large nez, des grosses lèvres

et une petite barbe qui couvrait son menton.

J’ai coupé le dessin et, pour finir, j’ai créé une couronne de papiers en couleur.

C’était un joli masque !

Je me suis mis près de mon papi, portant le masque, et je lui ai dit :

“Bonjour ! Je suis le Roi Misterieux !”

Papi a fait semblant d’avoir peur et m’a répondu avec un sourire :

“Bonjour, majesté ! Que désirez-vous ?”

Et j’ai suivi avec le jeux :

“Je viens découvrir les mystères du coffre noir.”

Il m’a regardé sans dire un mot, s’est levé doucement, m’a pris par la main et

nous sommes partis ensemble vers sa chambre.

Il ouvrit le coffre et il sortit un sac qu’il m’a donné. Quelle surprise !

Il y avait à l’intérieur des masques de taille, forme et matériel différents.

Avec un peu de tristesse et nostalgie dans sa voix, il a dit :

“De la même forme dont tu es devenu le Roi Mistérieux, portant la magie d’un

masque, nos ancêtres africains se transformaient aussi dans des sorciers, des dieux

et même des animaux.”

Il y existait des masques pour guérir des maladies, faire peur aux mauvais

esprits, célébrer les naissances, fêter les mariages, intensifier la culture de la terre,

remercier les récoltes et respecter la mort.

Elles étaient toujours présentes aux célébrations et aux rituels des tribus. Faites

en argile, paille et surtout en bois, les masques étaient fabriqués avec beaucoup

de respect pour garder de l’énergie et pour que les désirs fussent réalisés.

Je regardais mon papi et les masques avec beaucoup d’admiration, je les essayais

l’une après l’autre, et pendant quelques instants je me voyais comme ces

personnages.

“Wow, papi ! J’ai bien aimé connaître un peu l’histoire de ton peuple, qui est

aussi la mienne. Ces masques ne peuvent pas rester cachés. Pourquoi on ne les

met pas sur le mur pour que tout le monde puisse les admirer ?”

Et papi m’a répondu, fier :

“Même s’ils n’ont pas été faits pour le décor, je trouve important que d’autres

personnes les connaissent.”

Maintenant, quand je vois les masques africains sur le mur du salon, à me

regarder, je m’imagine comme un héros ou un monstre, un dieu ou un sorcier, des

gens ou des animaux...

Et le coffre ?

J’y ai rangé le masque en papier du Roi Mistérieux à côté des vieux secrets

de mon grand-père et j’ai aussi fait de la place pour cacher mes propres secrets.

Un jour, peut être, il seront aussi découverts, qui le sait ?



Les bruits du coffre


Pendant longtemps j’ai essayé d’oublier le coffre noir, mais il continuait dans la

chambre de mon grand-père, à réveiller ma curiosité et à me demander de l’ouvrir.

Je ne pensais qu’à l’ouvrir encore une fois.

“Papi, j’ai entendu des bruits bizarres qui venaient de l’intérieur du coffre. Estce

un animal ?”

Papi m’a regardé étrangement. Mais tout de suite il est venu s’asseoir près du

coffre avec son tabouret africain.

Personne mieux que lui pouvait comprendre ce qui se passait à l’intérieur de

ma tête et aussi du coffre...

“Comment ils étaient les bruits que tu as entendus ?”

“C’étaient des bruits étouffés, différents. Tout en même temps, dans un grand

désordre. Nous pouvons aller voir ce que c’est ?”

Papi a pris la boîte rangée dans le coffre et moi, pendant quelques instants,

j’ai perdu le souffle.

De l’intérieur du coffre son sortis de petits animaux faits en bois, comme le

vieux tabouret et le coffre noir.

“Tu savais qu’il y existe des régions de l’Afrique où les bruits les plus étonnants

viennent des animaux qui vivent dans les savanes ? Est-ce cela que tu as peut-être

entendu ?” m’a demandé mon papi en rigolant.

“Oui, c’était peut-être cela... Et ce sont quels animaux ?”

“Ce sont des animaux typiques de l’Afrique. Là-bas c’est la maison de beaucoup

d’animaux grands et féroces. Anciennement ils vivaient libres dans les savanes,

mais aujourd’hui nous pouvons les retrouver protégés dans les réserves.

Dans ces endroits il est possible de faire des promenades en jeep approprié pour

observer et photographier les animaux.

Papi parlait en même temps qu’il me donnait de petites sculptures d’animaux,

que je regardais à imaginer que ce serait bien d’être près d’eux pour de vrai et de

les entendre. Le grondement furieux du lion, la marche lourde des éléphants, les

cris nerveux des singes et même la girafe à mâcher lentement en me regardant de

là haut de son long cou...

En plus de ces africains célèbres, il y avait d’autres animaux de toute sorte :

des zèbres rayés, des léopards tachetés, des gazelles à longs cornes, des hippopotames

bien gros...

Tandis que mon papi expliquait, j’ai tout placé par terre pour jouer :

“Remarque comment elles sont intéressantes ces sculptures. En Afrique, il y

existe beaucoup d’artistes anonymes qui travaillent à tailler le bois et à fondre le

fer et le bronze. Ce sont des pièces artisanales, créées avec des outils spéciaux, et

représentent le regard particulier d’un artiste.

J’ai appris que les mammifères, les oiseaux et les poissons gagnent forme

et couleurs sur plusieurs objets du quotidien, comme tabourets, tables, pots et

masques. Il y a aussi des formes fantastiques qui mélangent des traits de différents

animaux et qui étaient faites pour porter sur la tête, comme une sorte de chapeau.

Le plus intéressant c’est que, avec un vêtement en raphia, plume, cuir ou feuillage,

les personnes de certaines tribus bougeaient et dansaient à imiter ces animaux.

Cela m’a donné envie d’être comme les artistes africains. Mais je ne sais pas

faire autre chose que de travailler avec des pâtes à modeler, alors papi m’a appris à

faire un animal très facile et typique en Afrique : une pintade, connue aussi comme

akokem. Après l’avoir finie, je l’ai painte en noir et mis de petits points blancs et un

bec rouge.

À la fin du jeu, nous avons rangé tous les animaux dans le coffre et ma jolie

pintade aussi.

Maintenant le coffre a gagné un nouveau secret pour garder.



Les souvenirs du coffre


L’après-midi pluvieux interdisait les jeux à l’extérieur de la maison. J’ai cherché

mon papi. Il avait toujours des idées amusantes pour passer le temps.

Ce n’a pas été difficile de le trouver. Quand il disparaissait, le premier endroit où

je le cherchait c’était dans sa chambre, où il fouillait des souvenirs dans le coffre noir.

Cette fois-ci n’a pas été différente. Assis sur son tabouret de conteur d’histoires,

il feuilletait un vieux album de photos qu’il était sorti du coffre.

J’ai jeté un oeil au-dessus de ses épaules et j’ai vu des gens que je ne connaissais

pas.

J’ai demandé, curieux :

“Qui sont ceux-là ?”

“Ce sont des gens qui font partie de notre histoire. Celle-ci est ton arrière

grand-mère, ma maman. Elle était belle, n’est-ce pas ?”

L’ancienne photo montrait une femme grande, noire, montrant avec fierté sa robe

très différente : longue jupe, un tissu sur les épaules et un autre autour de la tête.

“Regarde comment ma mère était coquette. Elle aimait s’entourer d’ornements

comme bagues, bracelets et colliers, qui sont les coutumes de quelques

régions de l’Afrique.

Feuilletant l’album, nous avons fait ensemble un voyage dans le temps. Papi

avait une histoire pour chaque photo.

“Ici, ma cousine avec son petit. Les tissus en couleurs sur les épaules sont

connus au Brésil comme tissu de dos, mais le nom africain est alaká. Ils adaptent

aussi le costume des femmes pour transporter les petits enfants. Ainsi, toujours

élégantes, les mamans marchent avec les mains libres et d’un pas ferme.

Au tourner d’une nouvelle page de l’album, j’ai vu ma grand-tante, très jeune,

prête pour aller à une fête.

“Uoh, quelle coiffure !”

Papi m’a expliqué que les inquiétudes concernant la beauté se concentraient

sur les têtes et les coiffures féminines. Les cheveux pouvaient être tirés par de

jolis chignons ou avoir de belles tresses, ou même être couverts d’un tissu nommé

turban. Le plus chouette fut la grande photo où figurait presque toute la famille

et papi était encore un gamin. Mes familiers étaient tous réunis, de bonne humeur,

habillés avec ses meilleurs vêtements : des tuniques, des turbans, des torses et des

robes liées. Les personnes semblaient heureuses et avaient l’air de s’entendre aussi

bien que les différents dessins des vêtements.

J’ai commenté surpris :

“Les tissus et les imprimés sont très gaies !”

“En plusieurs villes de l’Afrique – m’a expliqué papi – les teintures des tissus

sont faites sur des motifs de la nature, comme terres, plantes, arbres et fleurs.”

Je ne sais plus combien de temps nous sommes restés ensemble à feuilleter

l’album et à parler sur chacun des personnages des photos, sa façon d’être, de vivre...

Touché, papi m’a raconté que, dans sa famille, il y avait des personnes de

différentes régions de l’Afrique. Des peuples semblables, mais avec des valeurs et

des formes de vivre différentes, gardant la fierté de ses origines et de ses histoires.

Quand nous avons fini de regarder l’album, papi sortit du coffre le bonnet qu’il

portait quand il est arrivé au Brésil et le mit sur ma tête.

Je me suis regardé sur le miroir et j’ai eu une idée ! Je courus chercher l’appareil

photo et demanda :

“Maintenant tu peux me prendre en photo comme un africain pour compléter

notre album.”

Et c’est ainsi que, comme par magie, j’ai retenu ce moment si agréable. La

photo fut collée sur la dernière page de l’album, qui a repris sa place dans le coffre.

Certainement, ces images et les souvenirs du passé seront toujours une raison

pour des nouveaux et amusants voyages dans le temps.



GLOSSAIRE


Akokem: nom d’origine iorubá de l’oiseau originaire de l’Afrique Occidentale, connu

comme pintade.


Alaká: tissu porté sur le vêtement pour tenir des petits enfants africains.


Bonnet: type de chapeau en tissu très utilisé dans plusieurs régions de l’Afrique.


Griot: mot franco-africain pour narrateur, raconteur d’histoires, chroniqueur de l’Afrique

Occidentale.


Savane: région tropicale avec des arbres épars.


Tunique: veste longue et confortable utilisée dans certaines régions de l’Afrique.


Turban: Accessoire fait avec une bande de tissu qui s’enroule autour de la tête.






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